
Envol de grues, sculpture bois.
Les premiers oiseaux migrateurs s’envolent vers des contrées plus douces, j’entends leurs vols, leurs voix et les envie .
Je m’avance au clair de lune, dans ce petit jardin japonais qui précéde le pavillon de thé, lentement,trés lentement …pour ne rien oublier des consignes énonçées par le maitre des lieux,mais surtout car j’observe chaque détail de ce nouvel endroit que sublime la pleine lune,ce soir , divin présent de l’univers .
J’arrive enfin devant l’entrée du pavillon ,sans « faux » pas ,car mon équilibre quelque peu perturbé par ma curiosité toute enfantine me joue des tours…je prends délicatement la louche en bambou et fait couler cette eau précieuse sur mes mains ..la pureté est evoquée parmi l’une des 4 vertus de la céremonie du thé ; cette eau lave mes mains,ma journée et mon cœur ,prête alors à recevoir cette fois-çi ,tandis que celui qui m’accueille est déjà là ,encore hors de mon regard,dans cette pureté du cœur ,et la vigilance du guerrier,prêt à nous offrir ce précieux moment .
La nijiri-guchi coulisse avec quelques sursaults, ma légére timidité et maladresse en sont sans doute la cause, je fais suivre ma longue robe tibétaine mise pour l’occasion ,n’ayant pas de tenue japonaise traditionnelle..je me remémore cette autre vertu : le respect ,se faufiler en s’inclinant dans ce petit espace ,demande de reconsiderer la place que l’on prend dans cette vie…
A l’intérieur,le silence .. une douce chaleur m’accueille,le brasero consume discrétement le charbon de bois, transmet le feu au métal, puis à l’eau qui rejoindra la terre et le thé ..dans le chawan.
Mais déjà,l’autre convive arrive,je n’ai pas vu le temps défiler ,je n’ai pas tout observé, hélas ..ce temps hors du temps ,me plaisait davantage mais je me plis au protocole et m’éfface selon le traçé « géométrique » expliqué auparavant dont je ne mesurais pas l’importance ,mais qui s’explique par l’exiguité de la piéce !
L’heureux possésseur de cette « cabane à thé »(ainsi appelée par Sen no Rikyû ,maitre de thé) apparaît ,faisant glisser le sadô-guchi avec toute la délicatesse de celui qui s’est libéré des émotions. Le Chakai se déroule dans une grande sérenité, mais aussi avec quelques pauses et un peu d’humour ,l’occidentale que je suis ,tant éloignée de cette tradition ,a besoin de changer de position pour soulager ses grandes jambes (mon fils agé de 5 ans lors de son premier voyage au Japon était étonné de la forme particulière des jambes des petits écoliers japonais et de leur démarche! ) ..
…avant de quitter ,le pavillon,je suis conviée en tant que première invitée ce soir à écrire un petit mot, une pensée.. comment exprimer par les mots, ces instants de paix ,d’harmonie que procurent une telle rencontre. Les cueillir et les offrir à l’univers..tel est le message que la lune m’a donné ce soir, dans ce petit coin des Landes entre forêt et oçéan …
Merci à celui qui m’a accueillie ce soir là (sur le chemin du maitre de thé), à celle qui l’accompagne : http://www.fujijardins.com
Chakai: réunion de thé courte
Chawan: bol à thé.
Sadô-guchi: paravent de bois et papier
Nijiri-guchi: porte de communication entre l’extérieur et l’intérieur du pavillon de thé.
*Lu Yu, maitre de thé de la dynastie chinoise Tang est un précurseur de ce qui allait devenir réunions de thé et art du thé,qui prenait naissance à cette époque,et que les moines japonais exportèrent et élaborèrent par la suite.
Lui et son ami poéte Jia Ran,se réunissaient déjà dans un petit pavillon à cet effet,le premier ,appelé «San gui ting ».
«C’est le Bouddhiste qui a répandu le thé dans le soçiété, c’est le lettré (Confucianiste) qui a fait du thé une culture,c’est le Taoiste qui en a fait un plaisir ».